Le pourquoi du comment que les institutions Juives sont comme des momies hypnotisées qui se réveillent aussitôt en sursaut dès qu’ils entendent le mot : « extrême droite » vous devriez lire cet article.

PARIS— Un rapide coup d’œil aux boulevards austères et autres petites rues calmes du 17ème arrondissement laisserait penser que la communauté juive y est dynamique : les épiceries et restaurants casher y ont fleuri, et on dénombre une quinzaine de synagogues alors qu’il n’y en avait qu’une poignée il y a une vingtaine d’années.
Mais pour les habitants comme Joanna Galilli, ce quartier représente surtout un retrait tactique. Le 17ème est devenu un refuge pour beaucoup de juifs qui affirment avoir souffert de harcèlement dans des quartiers où la population musulmane est grandissante. Mme Galilli, 28 ans, a déménagé il y a quelques mois, quittant une banlieue de Paris où « l’antisémitisme est assez élevé », selon elle, et où « vous le ressentez énormément ».
« Ils crachent quand je marche dans la rue », affirme-t-elle en décrivant les réactions de certains passants à la vue de son étoile de David.
La France a une douloureuse histoire d’antisémitisme dont les plus sombres heures remontent aux années 30 et à l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.
Mais ces derniers mois, experts et commentateurs ont nourri un débat passionné autour de la notion de « nouvel antisémitisme » et les manières d’y répondre, et ce alors même que des organisations juives et des chercheurs relient une série d’actes antisémites à la population musulmane grandissante en France.
Près de 40 % des actes de violence à motivation raciale ou religieuse ont été commis contre des personnes de confession juive, alors que les juifs français représentent moins d’1 % de la population nationale. Les actes antisémites ont augmenté de 20 % depuis 2016, une hausse que le Ministère de l’Intérieur a qualifié de « préoccupante ».
En 2011, le gouvernement français a cessé d’identifier les origines ethniques des auteurs d’actes antisémites, rendant le travail d’identification plus délicat. Mais avant cela, les musulmans étaient clairement les principaux auteurs de ceux-là. Souvent, les sursauts de violence coïncidaient avec des regains de tensions dans le conflit israélo-palestinien, selon les chercheurs.
Pour le gouvernement français, le sujet, éminemment compliqué, renvoie aux plus profondes divisions politiques, ainsi qu’à des lignes de fractures ethniques et religieuses. La France compte la plus importante population de juifs et de musulmans en Europe, et les musulmans sont victimes de discriminations récurrentes à l’emploi et face à la police.
Les dirigeants français craignent d’aviver les tensions entre les deux camps, ou même de reconnaître qu’il existe une opposition entre juifs et musulmans. Une telle attitude reviendrait à violer un principe sacro-saint en France — celui selon lequel les concitoyens ne peuvent être catégorisés en fonction de leur race ou de leur religion, qu’ils sont Français avant tout, et donc égaux devant la loi.
« Nous sommes tous les citoyens de la République, qui est une et indivisible. Mais ça ne correspond pas à la réalité, » affirme Jérôme Fourquet, de l’institut de sondage IFOP, qui, avec son collègue Sylvain Manternach, a écrit un ouvrage, L’an prochain à Jerusalem ?, publié par la Fondation Jean Jaurès, un groupe de recherche affilié au Parti Socialiste.
« Tous les politiciens parlent de vivre-ensemble , » dit Mr. Fourquet. « Et pourtant, on a des regroupements qui s’opèrent de facto par culture et par communauté. Mais reconnaître cela, c’est reconnaître l’échec, ou l’effondrement, du modèle français. »
Les représentants du culte musulman en France s’indignent devant ces accusations. Ils en rejettent les conclusions des chercheurs et affirment que l’expression d’un « nouvel antisémitisme » en fait injustement porter la responsabilité à la communauté musulmane entière, qui compte entre six et dix millions de personnes, et ce alors même que l’intolérance religieuse à l’égard des musulmans progresse en France et en Europe.
Tout comme les actes de violence contre les juifs de France, qui sont au nombre de 500 000, les actes de haine contre les personnes de confession musulmane — six à 10 millions en France — ont également augmenté entre 2016 et 2017.
« La douleur ressurgit », a affirmé l’une des victimes, Jonathan Ben-Arrousse, 25 ans, à des journalistes à la sortie de la salle d’audience, après l’ouverture du procès, le 26 juin. Pendant l’agression, il fut attaché et bâillonné pendant que sa petite amie était violée dans une autre pièce.

Le procès à Créteil survient à peine trois mois après le meurtre d’une femme de 85 ans, assassinée dans son appartement parisien par un homme qui aurait crié « Allahu akbar ! » La victime, Mireille Knoll, était une survivante de l’Holocauste.
Une marche blanche rassemblant des milliers de personnes s’est déroulée dans les rues de Paris à la suite du décès de Mme Knoll. Dans une tribune, Nicolas Sarkozy, Manuel Valls et de nombreux intellectuels, juifs et non-juifs, ont tiré la sonnette d’alarme contre une épuration ethnique à bas bruit, une référence à ce que M. Fourquet appelle un « phénomène de grande ampleur » de migration interne. Le texte appelait les autorités musulmanes à renier les versets antisémites du Coran.
Malgré cela, les dirigeants français se sont jusque là refusés à utiliser le terme de « nouvel antisémitisme » ou à le condamner, par un souci de précaution que leurs détracteurs jugent dangereux.
« Par peur de monter les communautés les unes contre les autres, vous finissez par dissimuler les problèmes », affirme le romancier et essayiste Pascal Bruckner, l’un des signataires du manifeste publié après la mort de Mme Knoll.
Depuis 2000 et le début de la Deuxième Intifada, il y a eu une « explosion » d’actes antisémites en France, qui sont passés de 82 à 744, selon M. Fourquet et M. Manternach. En 2004, une synagogue a été brûlée à Trappes, une banlieue de Paris qui compte une forte population musulmane, et ce alors que les tensions dans le conflit israélo-palestinien persistaient.
Alors que les actes antisémites se sont accumulés, beaucoup de juifs ont quitté certaines banlieues parisiennes qui comptent une grande population musulmane.
M. Fourquet, de l’institut de sondage Ifop, cite de nombreux exemples se basant sur des estimations réalisées par des associations juives. À Aulnay-sous-Bois, le nombre de familles de confession juive est passé de 600 en 2000 à 100 en 2015. Au Blanc-Mesnil, le nombre de ménages juifs a été divisé par trois. À Clichy-sous-Bois, il y avait 400 familles juives en 2000. Elles sont 80 aujourd’hui. À La Courneuve, on dénombre 80 foyers juifs, alors qu’on en comptait encore 300 il y a quelques années.
Pour le rabbin Ouriel Elbilia, qui officie dans le 17ème arrondissement de Paris, ces familles juives quittent la banlieue et affluent vers la capitale « parce qu’elles se sentent menacées dans leur quartier ». Son frère, également rabbin, à Clichy-sous-Bois, a pratiquement cessé d’organiser des cérémonies religieuses car « les fidèles ont déserté ».

À la terrasse du restaurant kasher de Garry Levy, rue Jouffroy d’Abbans (17ème), plusieurs hommes profitent de leur après-midi ensoleillé en portant leurs kippas, un phénomène rare dans la banlieue parisienne. « Les gens veulent aller vivre où ils se sentent en sécurité, » explique M. Levy. « Ils aspirent à vivre dans un quartier où ils peuvent aller au parc sans être dérangé par de jeunes musulmans ».
Les associations juives estiment que le port de la kippa en public peut s’avérer dangereux dans les zones où la population d’origine immigrée est importante. Cela expliquerait partiellement le déplacement de Français de confession juive vers Paris et la fermeture de synagogues par manque de fidèles.
« Au cours des vingt dernières années, des groupes entiers de populations ont été déplacés », rappelle Ariel Goldmann, un avocat à la tête de la Fondation du Judaïsme français . « Des lieux se sont vidés ».
Ces accusations exaspèrent au plus haut point les leaders musulmans. « Des groupes d’individus partent parce qu’ils ont obtenu une meilleure situation économique, » explique Mamadou Diallo, qui dirige un centre de loisirs à Nanterre. Lors d’une réunion en sa présence, une dizaine de jeunes musulmans ont cependant reconnu avoir déjà entendu des remarques de nature antisémite. « Bien trop à mon goût, » souligne M. Diallo.
Les associations juives doivent « arrêter de pointer du doigt les musulmans, » s’agace M. Ogras.
« Pourquoi n’étudient-ils pas l’islamophobie dans la communauté juive ? », s’interroge-t-il.
Rachid Benzine, un politologue d’origine marocaine, dit que certains musulmans se sentent discriminés par la société française — en particulier au niveau de leur statut de citoyen — et qu’ils ont le sentiment que les juifs reçoivent un bien meilleur traitement.
Omar Zarikh, un conducteur de camion d’origine marocaine s’est rapidement emporté dès que le sujet fut évoqué.
« C’est un lobby juif qui est derrière les gouvernements de la 5ème république, » s’exclame-t-il, avant d’enchaîner des remarques contre l’État israélien pendant qu’il faisait ses courses pour la rupture du jeûne pendant le Ramadan. « Ils détiennent le pouvoir dans tous les pays d’Europe ».


The New York Times

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